jeudi 8 avril 2010

Rapport sommaire de mission pour l'ONG TSF à l'École Saint-Francis de Assisi (Moshi, Tanzanie, Afrique de l'Est)

Anne-Marie et Soeur Maria-Benedicta
Le 10 janvier 2010, je quitte Montréal à bord d’un airbus de la compagnie KLM pour atterrir, après un transfert à Amsterdam, à l’Aéroport International Kilimanjaro le 11 janvier 1950. Au premier abord, cela me fait un drôle d’effet qui, par la suite, me replongera graduellement dans les meilleurs moments de ma tendre enfance que je partagerai avec des amis de mon entourage immédiat. Les parallèles que j’établis avec la Tanzanie et le Québec d’avant la Révolution tranquille les fascinent et les amusent à la fois.

Après avoir longuement cherché mes valises et quitté l’aéroport, nous, Nicholaus au volant, roulons dans la nuit chaude et calme parsemée du chant des grillons. Par la fenêtre ouverte du véhicule qui circule sur une route plutôt confortable, de multiples parfums, en guise de bienvenue, s’introduisent à mon insu dans mes narines qui les accueillent avec délice.

Suite à un brusque virage à droite sur une route de latérite plus près de la réalité quotidienne africaine, des voix d’enfants résonnent dans la nuit noire comme de l’encre. C’est magique! À mon tour, je les acclame avec des youyous comme nos indiens du Canada pour leur signifier comment je suis heureuse d’aller enfin passer quelques mois de ma vie parmi eux tous!

Arrivés à destination, nous nous arrêtons et descendons de la voiture. Nicholaus me conduit devant les phares allumés pour que la foule puisse me voir plus en détails. Soudain, quelqu’un s’approche pour me mettre un collier de fleurs autour du cou ainsi qu’un bouquet de fleurs dans les mains. La personne en question m’entraîne sur un chemin cahoteux jonché de pierres. Sa tête est couverte d’un voile immaculé. Je lui demande son nom : "Sister Maria-Benedicta". Je suis fascinée comme si je rencontrais, pour la première fois, un personnage mythique.

Toutes deux en tête d’un défilé d’enfants et autres personnes de l’École Saint-Francis de Assisi entrons dans une grande salle éclairée par deux ampoules nues au plafond. Les enfants terminent leur concert à fond la caisse! Après le départ des petits vers les dortoirs où un sommeil paisible les attend, nous partageons le repas d’accueil coutumier chez les Tanzaniens : riz, bananes plantains, légumes, poulet (élastique) et encore des bananes pour dessert!

Au cours de ce repas, Soeur Maria-Benedicta expose les dommages causés par une sécheresse qui n’en finit plus. Après, elle me dirige vers la chambre dans laquelle je dormirai les onze prochaines semaines passées comme volontaire pour l'ONG TSF à l’École Saint-Francis de Assisi où j’apprendrai à vivre autrement à travers le partage et beaucoup d’humilité.

Toute une gamme d’émotions intenses, parfois heureuses, parfois douloureuses, se manifesteront selon les événements vécus : bonheur, joie, rire, colère, tristesse, révolte, et même la peur puis la sérénité!

Bonheur : le plaisir de connaître une vie simple avec des personnes pas du tout compliquées;

Joie : commencer la journée en ouvrant la porte sur une nature non apprivoisée en écoutant le chant du coq, le meuglement de la vache, le bêlement de la chèvre et autres bruits typiques de la campagne tanzanienne entremêlés aux cris et rires des enfants;

Rire : apprendre à rire, même de soi, pour mieux communiquer et aplanir toute aspérité inconfortable entre nos cultures;

Colère : refus et dénonciation de toute forme de violence;

Tristesse : verser des larmes quand la pauvreté est si affligeante et qu’on voudrait tout donner pour la soulager;

Révolte : les enfants qui font face à l’injustice de ne pouvoir fréquenter les écoles secondaires faute de moyens financiers et d’assistance pédagogique afin de pallier la surdité, la cécité et toute autre déficience physique, sensorielle et/ou intellectuelle;

Peur : aucune clôture n’entoure le terrain de l’École pour protéger les enfants contre le bétail et les éventuels malfaiteurs;

Sérénité : accepter la réalité telle qu’elle apparaît tout en gardant l’espoir de jours meilleurs!

Seul l’écriture d’un livre pourrait me permettre de raconter plus en détails cette expérience exceptionnelle vécue à l’École Saint-Francis de Assisi où des enfants avec une déficience visuelle ou atteints de surdité vivent avec d’autres enfants qualifiés de "normaux" dans nos sociétés criblées de préjugés et ce, dans le respect mutuel grâce au constant dévouement de Soeur Maria-Benedicta!



Anne-Marie Mzungu
Volontaire pour l'ONG TSF
Montréal, le 8 avril 2010

Soeur Maria-Benedicta

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